Parfois tabou, souvent négligées et non évoquées, les douleurs vaginales ou périnéales après l’accouchement peuvent faire parties du quotidien de la femme. Levons le silence sur un problème qui fait mon quotidien en cabinet et en clinique.

mannequin bois assis douleurs  perinéales

A quel moment parle-t’on des douleurs après accouchement

Lors du suivi de grossesse ?

En fait, la véritable question serait plutôt « avons nous déjà entendu parlé des douleurs que nous pouvions ressentir après accouchement par césarienne ou voie basse? » A quel moment au cours de la grossesse, en particulier au cours d’une première grossesse, notre sage femme, obstétricien ou gynéco ont abordé ce sujet? Il ne faut surtout pas leur jeter la pierre, car les temps de consultations sont courts et, bien qu’ils répondent toujours aux questions que nous sommes à même de leur poser, il y a trop de chose à dire. L’instant présent étant la priorité au cours de votre suivi.

Alors, quand les femmes abordent-elles ce sujet ?

Dans nos cultures occidentales, nous pourrions presque dire que c’est tabou. Etrange car on s’imaginait très ouvert, non? Après accouchement , chez nous, la prise en charge de la maman est peu, en tout cas pas assez, reconnue. On nous demande de sortir vite de la maternité pour éviter des coûts trop importants des assurances, libèrer des lits. Nous devons être opérationnelles pour gérer bébé, la maison….

Bien sûr conjoint et famille aident comme ils peuvent mais en fin de compte savent-ils ce que vous ressentez? Votre nouveau né attire l’attention de chacun. Face à cette submersion de bonheur, ce changement de rythme, votre bébé qui vous sollicite jour et nuit, n’avez pas oublié et pris le temps de prendre soin de vous?

Mon expérience en cabinet

Quand mes patientes arrivent en rééducation périnéale, après 6 semaines en France et un peu avant en Suisse, elles ont l’idée de venir uniquement pour renforcer ce groupe musculaire invisible qu’est le périnée. Que cette rééducation n’est utile que pour un accouchement par voie basse, et pour éviter fuite urinaire ou anticiper une « probable descente d’organe » un jour… Parfois, le gynécologue leur dit qu’elle n’en ont pas besoin, parfois que seules 3 séances suffisent.

Oui, mais suffisent à quoi ? Comprendre comment contracter son périnée ? Peut être… Un renforcement même en cas de fuite est-il impératif ? Pas toujours, le problème peut être plus complexe ou lié à un excès de tonus… Alors?

Et bien, personnellement, la prise en charge des troubles du plancher pelvien étant mon cheval de combat, nous prenons le temps lors d’une première consultation de faire un bilan complet en post partum. Dans ce bilan nous parlons des muscles, certes, et puis on discute. Très souvent, les mamans me racontent le choc après accouchement, de cette fatigue, de ces douleurs, non plus de l’accouchement (contraction et expulsion) mais celles qui surviennent les jours, semaines et mois suivants. Ces douleurs restent silencieuses et personne ne prend le temps de s’y intéresser vraiment, d’écouter et de conseiller ces mamans courageuses qui prennent soin de leur enfant malgré cela, qui reprennent les rapports avec leur mari avec une douleur atroce alors qu’elles n’y sont pas prêtes.

Quelles zones sont touchées par ces douleurs?

Les douleurs dont on parle plus facilement

Dans un premier temps, on imagine aisément les douleurs sur une cicatrice de césarienne ou d’épisiotomie.

Puis, on aborde si besoin, les tensions mammaires avec des risques d’engorgement ou de crevasse aux seins, les difficultés d’allaitement.

Ensuite, le dos est souvent évoqué. Il y a des gros changements de poids, des modifications de pressions et organisation des organes et une posture chamboulée en complète révolution.

Et puis les douleurs silencieuses

Ainsi, au fil des bilans, des patientes, du temps de discussion, les femmes évoquent leurs douleurs plus profondes dont elles ne parlent que si peu. Après accouchement, il peut y avoir des hémorroïdes très douloureux. Aussi, un pelvis congestionné peut empêcher de s’assoir, une absence ou hyper sensibilité des lèvres. Beaucoup de femmes présentent des brûlures quand elles urinent liées au contact de l’urine sur un corps blessé. D’autres ont tellement peur de souffrir de l’anus qu’elles se retiennent. Elles se constipent et souffrent encore plus ensuite.

Il y a bien sûr ensuite toutes les douleurs qui retardent, repoussent, ou font souffrir ces femmes lors de la reprise des rapports. Et les hommes qui ne comprennent pas toujours ses douleurs. Leur femme ne leur raconte pas leurs souffrances. Parfois, elles ressentent comme une honte ou culpabilité. Elles ne vivent pas leur plein bonheur comme elles l’avaient imaginé, épanouie, à cause des ces algies. En outre, l’esprit est majoritairement porté sur l’enfant. Mais le plus souvent, dire à son conjoint qu’un rapport est douloureux et n’est pas un plaisir partagé reste délicat. Cela engendre la peur d’etre rejetée, ou que son conjoint se sente rejeté alors qu’il attend depuis peut-être des semaines de retrouver sa femme « d’avant ». Les femmes craignent de les vexer, même, heureusement à tord, que leurs maris se lassent d’elles. Des tensions pourraient naître au sein du couple parental.

Alors j ‘aimerais par cet article vous déculpabiliser mesdames et vous dire que les soignants vous écoutent. Le plus souvent cette situation désagréable est transitoire. Cependant quelques astuces peuvent aider à surmonter cette période de ‘ »reconstruction douloureuse ».

femme douleurs abdominales et périnéales barbalés qui traversent le ventre tatoué

Le vagin et son évolution en post partum

Suite à un accouchement par voie basse, le vagin va être distendu et souffrir de micro déchirures, une élongation des tissus. La paroi vaginale va devenir inflammatoire et endolorie après l’élargissement lié à la descente du bébé dans le bassin.

Les semaines qui suivent l’accouchement, le taux d’œstrogène est bas. Cela provoque une sècheresse des muqueuses vaginales. Ces dernières peuvent, par conséquent, être responsables d’inconfort et de douleurs, notamment à la reprise des rapports sexuels.

L’utilisation de gel ou ovule favoriseront la sécheresse des muqueuses vaginales.

Douleurs périnéales superficielles

Qu’il s’agisse de distensions, d’éraillures ou alors de déchirures périnéales (de stade I à IV selon la gravité de la déchirure), des douleurs superficielles peuvent être ressenties.

De ce fait, les douleurs sont variées, d’intensité et de durées variables. Les tissus, tout comme le vagin, sont endoloris, ont été distendus. De la même manière que « l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », on n’accouche pas d’un bébé de 3,5kg sans subir des conséquences corporelles. La gène est bien souvent plus importante en cas d’épisiotomie ou de déchirure stade 3 et 4, mais pas toujours.

Ainsi, il est courant de ressentir des brûlures, en particulier au moment d’uriner, les jours suivant directement l’accouchement.

Il faut rester bien sûr vigilante sur les risques d’infection après suture et consulter si les douleurs perdurent accompagnées de fièvre mais aussi si vous constatez que la peau rougit, gonfle.

De même, les premiers jours, la position assise sera inconfortable, difficile voire insupportable pour d’autres. Heureusement, cela ne durera pas. Cependant, il faudra déployer des astuces d’installation (coussins) pour limiter les douleurs et favoriser la cicatrisation des tissus.

Enfin, des échauffements, un endolorissement et quelques fois une réelle souffrance des lèvres, de la vulve et de son pourtour risquent de rendre une pénétration compliquée, jusqu’à impossible.

En post partum immédiat, les sages femmes conseillent un rinçage doux à l’eau chaque fois que l’on va aux toilettes, le changement fréquent des protections anatomiques est essentiel également. Parfois, on propose aussi de la glace pour réduire l’œdème et les douleurs.

La rééducation du post partum intervient également dans ce domaine.

Douleurs Anales après accouchement

Les femmes ont encore plus de difficultés à aborder ce sujet. En début de consultation, les jeunes mères ressentent un certain malaise. Comme une honte, et puis avec la confiance, le cadre médicalisé, les explications et l’écoute surtout, les mamans se confient et demandent de l’aide.

L’accouchement par voie basse, peut là encore créer des lésions sur l’anus en particulier lors de déchirure grade 4.

Avec l’appréhension des douleurs, immédiatement après accouchement, beaucoup de femme se retiennent d’aller à la selle. Cela aggrave la sensation algique car les selles se déshydratent et seront encore plus difficiles à exonérer. La pression sur le périnée s’élèvera d’autant plus. C’est un cercle vicieux: plus vous vous retenez, vous cela vous fera mal, plus vous appréhenderez et vous vous retiendrez.

En outre, la présence d’hémorroïdes est fréquente après bébé. Par conséquent, l’inconfort augmentera dans ce cas.

Il est très important de lutter contre la constipation pour ne pas aggraver ces symptômes. N’attendez pas lorsque vous avez la sensation de besoin. Je sais qu’il est parfois compliqué avec de jeunes enfants de prendre le temps d’aller aux toilettes. Cependant, c’est important pour vous de ne pas vous retenir.

Il est essentiel de ne pas forcer sur son périnée en exerçant de poussées trop importantes et régulières sur un plancher pelvien élastiques sous l’emprise d’hormones et fragilisé. L’hydratation, une alimentation riche en fibre et l’activité douce vous aideront à favoriser votre transit.

Qu’est ce que l’endométrite

L’endométrite est une infection bactérienne dont le risque est augmenté après l’accouchement. L’atteinte se fait sur la paroi de l’endomètre de l’utérus. Elle induit particulièrement des douleurs abdominales, des saignements hors cycles menstruels, de la fièvre et des pertes vaginales plus importantes et mal odorantes.

La prise en charge rapide de l’infection par un traitement antibiotique sera nécessaire.

Douleurs du coccyx

Persistantes parfois depuis la grossesse, ou suite à un accouchement difficile, le douleur peut être particulièrement sensible. Ces tiraillements ligamentaires peuvent parfois aller jusqu’à la subluxation du coccyx. Dans ce cas la position assise est quasi impossible.

Soit le temps permet au coccyx de revenir dans sa position initial, mais souvent, les patientes font appel à leur ostéopathe ou chiropracteur qui réaliseront des manipulations externe du bassin ou du coccyx. Si ces techniques sont insuffisantes, une manipulation par voie rectale peut s’avérer nécessaire pour soulager les subluxations de coccyx.

mére et bébé bonheur

Les infections urinaires

Vessie distendue, fatigue, baisse du système immunitaire, sondage à l’accouchement, allaitement, serviette hygiénique, nombreux facteurs sont à l’origine de portes ouvertes aux bactéries.

Fièvre et douleur en urinant se fondent parfois dans le « décor » du post partum. La jeune mère est endolorie par l’accouchement par voie basse et n’arrive pas à dissocier ces sensations de l’infection. Pour ces raisons le diagnostique est souvent tardif.

Il est important de consulter en cas de doute afin d’obtenir un traitement adapté.

Ceci est bien sûr une liste non exhaustive et résumée des douleurs que l’on peut retrouver chez la femme dans ses suites de couche. Ces plaintes sont nombreuses et différentes tant en intensité qu’en localisation. Les équipes médicales et paramédicales sont à votre écoute. Souffrir n’est ni une honte ni une fatalité. Bien souvent en parler à son conjoint, son médecin, sage femme ou kinésithérapeute vous aidera à affronter ces dernières pendant le temps de cicatrisation-récupération de votre corps.


Estelle
Estelle

Masseur kinésithérapeute diplômée d'Etat et ostéopathe , je suis surtout une maman passionnée par tout ce qui tourne autour de la natalité et parentalité.